Galerie d'art Louise-et-Reuben-Cohen

Campus de Moncton

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Saynètes dans la picture window : peintures et dessins de Guy Arsenault

Saynètes dans la picture window : peintures et dessins de Guy Arsenault

Image : Guy Arsenault, Le camion 7up au magasin su Catherine, gouache sur paprier/gouache on paper, 1976. Photo : Jim Dupuis

Extrait de :

Saynètes dans la picture window : peintures et dessins de Guy Arsenault 

Maryse Arseneault

Qu’ils soient peints ou écrits, les tableaux de Guy Arsenault correspondent bien à la définition du mot saynète que j’ai retenu d’un de ses poèmes : Petite pièce comique ne comprenant généralement qu’une scène et un nombre restreint de personnages. Ses premiers ébats artistiques ont probablement été d’élaborer de petites pièces de théâtre et des jeux de marionnettes avec sa sœur cadette Monique, dans le sous-sol de l’église Notre-Dame-de-Grâce où il était enfant de chœur. Il me décrit ces souvenirs avec affection et m’explique que c’était une façon de divertir les bonnes sœurs ou les vieillards des foyers, en échange de leurs applaudissements.

La peinture, le dessin et la fabrication de cadres ont été pour Guy des outils thérapeutiques. Les idées sortant d’un univers abstrait, de la marée mouvante dans sa tête, deviennent tangibles, palpables, sur papier. Comme le ball-hockey et sa run de journaux quand il était adolescent, l’acte de peindre est pour lui une réaffirmation de soi, un moyen de retrouver le contrôle de ses gestes, de rester dans la réalité physique et de se sentir autonome. La discipline, associée à l’art comme au sport, vient le soulager de sa schizophrénie. Quand je lui demande ce qui l’attire aux images qu’il veut peindre, il répond sans hésitation : c’est leur sérénité. Il peint parce que ça le rend heureux, content devant une œuvre terminée.

Dans nos plus récentes conversations, mon père me dit s’être toujours senti sur le bord de la folie. Durant ses psychoses, le concret lui échappait, alors l’art lui permettait d’y accéder. Dans les moments plus intenses, il se sentait partir « à la vague », comme il dit. Depuis, il aime rester dans le réalisme, trouver des idées drôles, reprendre des histoires vraies. Guy s’inspire de Jacques Prévert, de son côté ludique et de son non-conformisme, mais il ne semble pas touché par les mouvements politiques de sa génération et n’allume pas à l’idée d’avoir été un artiste engagé. Mon père est un optimiste et c’est sa non-action qui est radicale.

« Des fois il s’agit pas d’ouvrir des bonnes portes, il faut peut-être juste ouvrir les rideaux », qu’il m’a dit une fois où je cherchais des conseils. Je me souviens de cette petite fenêtre au-dessus de la chaise berçante dans la maison familiale. Donnant sur rien que la toiture du voisin, sa seule fonction était de laisser la lumière s’infiltrer, vers cinq heures de l’après-midi, quand apparaissaient les poussières dorées, en suspension dans l’air à la fois pesant et léger. Dernièrement Guy me dit que prendre le temps de penser, juste être là pis penser à ses idées, ça le satisfait artistiquement. C’est une question de perspective, de voir les choses différemment, de s’éclairer sur les choses comme elles sont, de brasser des mots, me dit‑il, toujours en silence.

 

Extrait de :

La soif de parole des images : essai sur l’œuvre picturale de Guy Arsenault

Sébastien Lord-Émard

Dans les constellations de l’art en Acadie, Guy Arsenault brille dans deux grandes formations : à la fois celle des pionniers de la poésie moderne et celle de l’art naïf. Quelques caractéristiques de ce genre se dégagent aisément dans ses œuvres : l’utilisation typique de couleurs posées en aplat, l’innocence, l’humour, l’aspect conteur, l’imaginaire parfois fantastique, parfois onirique. Né de la nécessité intérieure plutôt que d’un apprentissage à l’école des beaux-arts, c’est un monde où les règles de la proportion, de la perspective, de l’unité de sens, mais aussi de la société elle-même, sont suspendues, pour ne pas dire déjouées. Cette stratégie esthétique aura permis à Guy Arsenault de lutter plus efficacement contre les vicissitudes de son existence.

L’usage parcimonieux des lignes contours et les juxtapositions de couleurs sans dégradé déploient les lieux en rompant avec le réalisme strict. Ici, un clocher d’église jaillit d’un pignon profane, sans effort apparent d’en dissocier les plans et les distances. Là, des poteaux d’électricité ne semblent pas soutenir de fils, composant plutôt une petite farandole le long d’une rue sans pavé. Alors que son contemporain le peintre Yvon Gallant exalte le paysage urbain, donne les clés qui font reconnaître Moncton au premier coup d’œil, Guy Arsenault nous la donne plutôt à voir de l’intérieur, au fil de ses rues et en mode mineur. Les maisons sont fermées, mais leur extérieur est doucement heureux, monotone et accueillant.

Dans certaines œuvres représentant des intérieurs, les décors sont simples, intemporels, délicatement sobres : une chaise berçante, une porte française, des fleurs, un vieux radio. Des dessins et des peintures présentent des scènes du quotidien et de la vie sociale : des gens au téléphone, des fêtes extérieures, des scènes d’hiver, des jeux, des personnages qui dansent, des musiciens, des gens attablés ou assis. Comme un passant qui ne peut s’empêcher de jeter un regard curieux par les fenêtres, Guy Arsenault semble avoir trouvé dans les arts visuels une vitre derrière laquelle encadrer la grande scène de son vécu, et s’en distancier tout en l’observant attentivement.

Un besoin de répéter, de reproduire, de sérialiser, c’est-à-dire de réactualiser des images, mais aussi l’acte lui-même de les faire naître, s’apparente d’une certaine manière à la société de consommation. L’aliénation industrielle par la reproduction sans fin du « même » s’inverse chez Arsenault en une sérialisation du processus créatif : comme les moines qui trouvent la paix intérieure grâce aux mantras, à la retranscription ou aux rituels, mais aussi au travail manuel, dans des gestes banals ou exténuants, repris à l’infini. Son art agirait donc comme une thérapeutique au sens le plus spirituellement philosophique du terme : un soin porté à soi-même.

 

Communiqué de presse     Press release