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Évangéline : histoire d'une collection

Le poème Evangeline, A Tale of Acadie est l'oeuvre du célèbre auteur américain Henry Wadsworth Longfellow. Publié en 1847, le poème a permis de faire connaître au monde entier la tragique histoire de la Déportation des Acadiens. L'oeuvre aura eu un impact sur la société acadienne ainsi que sur le monde des arts et du commerce. Les objets d'art, les arts populaires, la musique, le cinéma, le théâtre, le tourisme, les produits commerciaux ont tous eu un rôle à jouer dans la diffusion de ce poème épique. Le poème a eu des effets retentissants non seulement en Acadie et en Louisiane, mais également à travers l'Amérique du Nord et l'Europe.

Le poème

Le poème de 1 400 vers, écrit en hexamètres, est un poème épique basé sur la tradition orale, mais maints Acadiens le considèrent comme véridique. C'est l'histoire d'une jeune fille, Évangéline Bellefontaine, fiancée à son amant Gabriel Lajeunesse, qui sont cruellement séparés l'un de l'autre lors de la Déportation de Grand Pré (Nouvelle-Écosse) en 1755. Les circonstances politiques de deux pays perpétuellement en conflit, la France et l'Angleterre, dictent l'avenir de ces deux jeunes amoureux, condamnés à vivre les multiples périples et pérégrinations que ce conflit engendra. Évangéline erre à la recherche de son être cher, mais le destin semble toujours lui jouer de mauvais tours. C'est à Philadelphie, que sa fidélité et sa ténacité sont récompensées : elle est infirmière dans un hospice, et elle retrouve son Gabriel, qui meurt dans ses bras.

Après la publication en anglais du poème, les éditions en langues étrangères se succèdent en des centaines d'éditions dans toutes les langues principales du monde. Longfellow est acclamé et son avenir financier est assuré. La traduction française paraît en 1853, et les Acadiens s'accrochent à ce poème comme à une bouée de sauvetage, leur donnant une sécurité qui semble leur avoir manqué pendant le siècle qui suivit la déportation. L'élite acadienne cite à toutes les occasions des extraits du poème pour affermir auprès des Acadiens la force de leur caractère, bâti par « les pleurs, les larmes et les sueurs de leurs ancêtres ». Un journal acadien portera pendant près d'un siècle le même nom L'Évangéline et les filles et les bateaux se feront baptiser de ce nom. Une chanson composée par André-Thaddée Bourque fait partie du répertoire acadien chanté tant en famille que lors des grandes occasions, de pair avec l'hymne national acadien, l'Ave Maris Stella.

La première oeuvre d'art représentant Évangéline est celle de Thomas Faed, en 1855 (coll. Manchester Art Gallery), qui fut reprise en lithographie par son frère James. Cette image, qui représente une femme de profil au regard pensif, a été diffusée en de nombreuses éditions, tant en Europe qu'en Amérique du Nord. Elle est aussi reprise par d'autres artistes, tel que Kreighoff (coll. Beaverbrook Art Gallery) et par la compagnie Currier & Ives. En tout, près de 150 artistes ont créé des oeuvres inspirées par les temps forts du poème.

Les éditions illustrées du poème font appel aux talents des artistes de l'époque : la première édition illustrée paraît en 1850 à Londres et à Boston et contient des oeuvres de Jane Benham, Birket Foster et John Gilbert. Cette édition servira d'inspiration à l'artiste de Currier & Ives, Fanny Francis Palmer, qui réalisa en 1864 une lithographie grand format intitulée Home of Evangeline. F.O.C. Darley réalisera deux éditions pour le compte de la maison d'édition Houghton and Mifflin et Frank Dicksee fera un livre grand format.

La sculpture d'Évangéline la mieux connue est sans doute celle de Louis-Philippe et Henri Hébert, qu'on peut retrouver au Parc historique national à Grand-Pré. D'autres sculpteurs ont également représenté ce personnage littéraire : Alfred Laliberté, Lucien Gosselin, William Couper, Louisa Lander et George Rodrigue.

En Louisiane, c'est l'histoire d'Emmeline Labiche qui mime la vie d'Evangéline : elle retrouve son promis, Louis Arceneaux, à St. Martinville, mais apprend qu'il en a épousé une autre. Ne pouvant composer avec cette nouvelle écrasante, elle perd la raison et meurt éventuellement sous un chêne qui porte aujourd'hui son nom. On a longtemps cru à cette histoire plausible, en raison des déracinements intenses des familles acadiennes, mais il s'agit d'une histoire inventée par le juge Félix Voorhies au début du siècle pour exploiter le tourisme en Louisiane et pour mousser la fierté cadienne.

L'intérêt du poème est vite exploité : le chemin de fer Dominion Atlantic Railway organise des pèlerinages au pays d'Evangéline à la fin du siècle dernier afin de promouvoir Grand-Pré et la vallée de l'Annapolis. Aujourd'hui, il y a toujours une route pittoresque du réseau routier de la Nouvelle-écosse qui exploite le thème. Les compagnies commerciales connaissent la valeur du nom : bicyclettes, huile à cylindre, farine, beurre, lait, sauce aux piments, chocolats, boissons gazeuses, eau minérale, pommes, pain, sirop à table, oeufs, fleurs, pâte à dents, tout est susceptible de recevoir l'emblème de ce symbole puissant.

Du côté héroïque, Evangéline s'apparente à Jeanne d'Arc; du côté émotif, c'est la Maria Chapdelaine et la Anne aux Pignons Verts de l'Acadie. Elle fait même concurrence à la patronne religieuse des Acadiens, Notre Dame de l'Assomption. Il y a même déjà eu un mouvement populaire pour le rapatriement de ses restes de la Louisiane, jusqu'à ce que le bon sens prévale.

Télécharger le poème (version française)

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