Mercredi 19 Juin 2013
Allocution du Recteur - Fête du 19 juin
En ce 19 juin 2013, nous voici au carrefour d’un passé dont nous avons raison d’être fiers et d’un avenir rempli de promesses et de défis. Je me sens privilégié, au terme de ma première année comme recteur de l’Université de Moncton, d’être celui qui vous adresse la parole, au nom de la communauté universitaire répartie sur les trois campus, en cette journée historique. Tant de prédécesseurs, auraient mieux que moi aujourd’hui mérité de dresser le bilan des cinquante premières années de ce joyau de l’Acadie, l’Université de Moncton. Je parle par conséquent sous leur contrôle, qu’ils soient encore de ce monde ou pas, afin que mes paroles soient un hommage à leur travail et à leur vision.Nous avons donc, au cours de la dernière année, célébré les grandes réalisations de l’Université de Moncton de diverses manières et sous plusieurs angles. Je profite de l’occasion pour remercier bien chaleureusement toutes celles et tous ceux qui ont participé de près ou de loin à l’organisation de l’une ou l’autre des manifestations de notre réussite collective et qui témoignent de l’effervescence intellectuelle qui règne dans notre milieu. Un milieu propice à la réflexion et aux débats, un lieu privilégié où le choc des idées, des tempéraments et des cultures contribue à édifier une communauté universitaire plus engagée et une société plus riche, plus savante et plus libre.
Il y a des historiens pour faire les bilans et écrire l’histoire de notre université. Ce que je vous propose aujourd’hui, au lieu de vous énumérer les grandes étapes de notre développement, c’est plutôt d’essayer d’imaginer ce que seraient la société acadienne et la province du Nouveau-Brunswick, sans la présence de l’Université de Moncton depuis cinquante ans.
Imaginons la politique et l’administration publique. Combien de politiciens, d’administrateurs et de fonctionnaires sont passés par nos départements pour recevoir une formation en français, et qui contribuent maintenant à ce que notre province se distingue des autres par sa capacité à fonctionner dans les deux langues officielles.
Imaginons l’univers juridique. Que serait l’Acadie si l’Université n’avait pas formé, depuis la création de l’École de droit, aujourd’hui la Faculté de droit, tous ces juristes qui permettent d’avoir accès au droit en français. Où en serions-nous avec la défense de nos droits linguistiques sans la vigilance de ces femmes et hommes de loi formés chez nous ?
Imaginons le secteur économique et des affaires. La Faculté d’administration et d’autres départements de l’Université donnent à la société, chaque année, bon nombre de diplômés qui œuvrent dans le secteur des affaires et des finances. Regardons les grandes entreprises commerciales et financières qui font la fierté de l’Acadie, elles sont peuplées de finissantes et de finissants de notre université qui permettent à l’Acadie et au Nouveau-Brunswick de faire leur marque dans le monde des affaires.
Imaginons le secteur de la santé. Quel précieux cadeau que de pouvoir se faire soigner en français. Quel précieux cadeau les campus d’Edmundston, de Shippagan et de Moncton ont fait à la société en lui remettant chaque année des diplômés en psychologie, en science infirmière, en kinésiologie, en nutrition, en travail social et, plus récemment, en médecine.
Imaginons la science et le génie. Bâtie sur une tradition de collèges classiques, l’Université de Moncton a su prendre le virage scientifique et dans tous les domaines de la science, de l’ingénierie et de la technologie, les scientifiques formés chez nous brillent par leurs talents et leur savoir pour que la science progresse dans le respect de la dignité humaine et de l’écologie. Nos terres, nos mers et nos forêts ne seraient pas les mêmes sans l’apport de l’Université de Moncton.
Imaginons les lettres et les sciences humaines. Que seraient nos bibliothèques et notre société sans l’apport des historiens, des linguistes, des littéraires, des sociologues, des géographes, des philosophes qui ont été formés dans les disciplines fondamentales qui sont le fondement de toute université et qui constituent le socle de toutes nos formations professionnelles ?
Imaginons le monde des médias. Serions-nous aussi bien informés, interrogés, critiqués et remis en question sans cette cohorte de journalistes et de reporters issus de nos programmes ? L’Acadie serait-elle aussi présente sur les scènes nationale et internationale ?
Imaginons les arts et la culture. L’Acadie aurait-elle le même visage, le même essor sans l’apport des artistes visuels, des musiciens et des gens de la scène formés à l’Université de Moncton? Regardez autour de vous : tout transpire le domaine artistique et l’imagination créatrice de nos artistes et ce n’est sans doute pas un hasard si on attribue à la communauté francophone une telle effervescence culturelle et artistique. J’ai plaisir à penser que l’Université de Moncton y est sans doute pour quelque chose.
Imaginons enfin l’éducation. Car c’est l’essence même de l’Université de fournir une éducation de qualité à ses étudiantes et à ses étudiants, et, au premier chef, au niveau de la formation des maîtres qui, quoi qu’on en dise parfois, peuplent nos écoles et instruisent nos enfants avec compétence et dévouement.
Non, l’Acadie ne serait pas la même si l’Université de Moncton n’existait pas. Et l’Acadie le doit à vous, professeurs, étudiantes, étudiants et membres du personnel qui depuis les débuts de l’Université avez offert le meilleur de vous-mêmes. J’ai fait allusion, au début de mon allocution, aux recteurs qui m’ont précédé. Mais les recteurs, les gouverneurs et les bâtiments ne constituent pas l’essence de l’Université. Ce sont les ressources humaines qui font les bonnes universités. Je me suis laissé dire qu’un philosophe de chez nous avait jadis posé la question au cours d’un colloque : si on faisait disparaître tous les édifices, y aurait-il encore une université ? Certes oui. Mais si on enlevait le corps professoral ou le corps étudiant, y aurait-il encore une université ? Bien sûr que non. Car c’est dans la relation de professeur à étudiant, de maître à élève, d’enseignant à apprenant, appelez cela comme vous voulez, que naît l’essence même de l’Université.
Vous croyez que je viens de vous parler du passé. Bien au contraire, je vous ai parlé d’avenir. Car c’est aussi dans tous ces secteurs de l’activité humaine que l’Université de Moncton, du sud au nord, devra continuer à rayonner, à briller et à avoir un impact sur le développement de notre société. Elle devra le faire en répondant aux plus hauts standards d’imputabilité et de transparence, valeurs qui me sont tout autant précieuses que la liberté universitaire. L’Université de Moncton, ce n’est pas uniquement une passerelle pour la transmission des savoirs. C’est aussi un incubateur où se crée le savoir par les activités de recherche et de développement. C’est un espace de liberté où il est permis de rêver à une société plus instruite, plus juste, plus prospère et plus vibrante.
C’est pourquoi je vous invite à participer en grand nombre au grand chantier de réflexion que j’ai lancé il y a un mois sous le thème Osons rêver afin de définir les enjeux et les paramètres du développement de l’Université au cours des prochaines années.
S’agissant de transparence et d’imputabilité, je n’ignore pas que les événements récents de même que le développement des réseaux sociaux ont eu pour effet d’augmenter l’appétit de la communauté universitaire pour un fonctionnement plus ouvert et transparent de nos instances. Ce sont des valeurs que je partage. Et si je ne suis pas en mesure de corriger le passé, je peux en revanche prendre l’engagement d’une série d’initiatives qui devraient permettre à l’Université de Moncton d’atteindre les plus hautes normes en matière de transparence et d’imputabilité. D’ici quelques mois, je serai en mesure d’annoncer des actions concrètes suite à un processus de consultation auprès des diverses composantes de l’Université.
Mais aujourd’hui, le cœur est à la fête et l’Acadie, à l’aube du prochain cinquantenaire, nous commande de nous retrousser les manches, à l’exemple des bâtisseuses et des bâtisseurs de l’Université de Moncton au début des années 1960, pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent elles et eux aussi se montrer fiers, au tournant du centenaire, de ce que nous leur laisserons en héritage.
Bonne fête de l’Université à toutes et à tous !
Raymond Théberge
Recteur et vice-chancelier
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